Donald Trump ne pourra pas arrêter « la révolution de la durabilité », estime Al Gore

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Publié le 29/03/2025

5 min

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  • L’ancien vice-président américain Al Gore a fustigé samedi 29 mars les dérives « inacceptables » de l’administration Trump contre la science et la liberté d’expression, mais a jugé que sa capacité à freiner « la révolution de la durabilité » devrait rester « limitée« , lors d’un entretien avec des journalistes à Paris. En effet, pour l’auteur du livre Une vérité qui dérange publiée en 2006 et lauréat du prix Nobel de la paix, «  tout ce que fait l’Administration Trump pourra être réparé ».

Par la rédaction, avec AFP

 

Trump va pouvoir “faire certaines choses”, mais “beaucoup de gens vont résister » a déclaré sur France Inter l’homme politique américain qui s’exprimera lundi à l’occasion du Sommet SOS Océan organisé à Paris. « Je ne veux pas minimiser les difficultés présentées par la nouvelle administration américaine, qui est extrêmement hostile à tout ce qui pourrait nous aider à résoudre la crise climatique. Mais je pense que sa capacité à ralentir la révolution de la durabilité est limitée« , a affirmé le prix Nobel de la paix, plus impliqué que jamais dans la lutte contre le réchauffement climatique.

«  Tout ce que fait l’administration Trump pourra être réparé  » estime Al Gore.

Trump, le roi des climato-sceptique

« Je crois qu’il y a une grande roue qui tourne inextricablement dans la bonne direction et qu’il y a un certain nombre de petites roues qui tournent dans la mauvaise direction. Mais je pense que c’est la grande roue qui va l’emporter« , a-t-il dit, tout en se défendant de nourrir un « optimisme toxique » dans ces temps « difficiles ». Remise en cause de la science, destruction de bases de données… L’ancien vice-président a qualifié de « très inquiétante » l’offensive de l’administration Trump contre les scientifiques et les universités américaines, au premier rang desquelles celle de Columbia. Il a jugé « inacceptable » l’arrestation d’une étudiante de l’université Tufts mise en cause pour avoir exprimé ses opinions et s’est dit « très préoccupé » après la condamnation il y a quelques jours de l’ONG Greenpeace à verser une somme colossale à une entreprise américaine – une condamnation dénoncée par les défenseurs de l’environnement comme une attaque « contre le mouvement climatique dans son ensemble« . Mais si « l’industrie des combustibles fossiles est de loin le lobby commercial le plus riche et le plus puissant de l’histoire du monde« , Al Gore pense que « le progrès des renouvelables va se poursuivre. Nous voyons déjà de nombreux ordres exécutifs de Donald Trump annulés par les tribunaux. Et à ceux qui s’inquiètent de le voir désobéir aux décisions de justice, je dis que c’est peu probable en fin de compte ». L’ancien vice-président a souligné l’attachement de l’opinion publique américaine « tant chez les républicains que chez les démocrates à l’État de droit et la nécessité pour les représentants du gouvernement, y compris le président, d’obéir aux ordres de la justice fédérale« .

« Réduire les émissions, c’est une question de bon sens économique »

L’un des premiers actes de Donald Trump après son investiture a été de signer une lettre informant les Nations unies que les États-Unis se retiraient de l’accord de Paris – ce qu’il avait déjà fait une fois au cours de son premier mandat en tant que président des États-Unis. Cependant, Al Gore ne pense pas que cette décision aura autant d’impact sur l’action climatique mondiale que certains le craignent. Mais « les gouverneurs, les maires et les chefs d’entreprises vont, pour la plupart, continuer à réduire leurs émissions parce que c’est une question de bon sens économique », affirmait Al Gore en février au Forum économique mondial de Davos. « Je pense donc que les dés sont jetés, que les choses sont écrites sur le mur. Nous allons réussir cette transition et nous allons résoudre la crise climatique. La question qui se pose encore est de savoir à quelle vitesse nous allons le faire. »

 

« Partout dans le monde, les catastrophes liées au climat sont de plus en plus fréquentes, de plus en plus graves et de plus en plus meurtrières. Et ces événements persuadent les gens. » 

Al Gore à Davos 

Après la trajectoire climatique, Trump s’attaque aux valeurs

Le président américain, qui vient de déclarer dans un entretien à la chaîne NBC News que « nous aurons le Groenland. Ouais, à 100 % ! », n’excluant pas une option militaire, continue de faire parler de lui en Europe. Il y a quelques jours, selon une information révélée par Les Échos, plusieurs grandes entreprises françaises ont reçu une lettre de l’Ambassade des États-Unis les invitant à oublier certains valeurs jugées « woke » par l’administration Trump faisant suite à un décret publié en janvier rendant illégaux tous les programmes liés à la diversité. Si elles veulent continuer à travailler aux États-Unis, ces entreprises devront s’engager à respecter ces nouvelles orientations. Une lettre qui a provoqué un tollé en France, suscitant notamment la colère du Quai d’Orsay et de Bercy. « Les ingérences américaines dans les politiques d’inclusion des entreprises françaises, comme les menaces de droits de douanes injustifiés, sont inacceptables. La France et l’Europe défendront leurs valeurs », a déclaré le ministère français du Commerce extérieur dans un communiqué transmis à l’AFP.