« Notre méthanisation est pensée comme notre exploitation en circuit court »

©Laura Icart

Publié le 18/03/2025

6 min

Publié le 18/03/2025

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Fin 2020, le groupement agricole d’exploitation en commun (Gaec) Nord Vendéen, spécialisé dans la production laitière, porcine et la transformation de produits, basé à Cugand (Vendée)  a mis en service une unité de méthanisation en injection. Pour cette exploitation familiale qui a pensé sa méthanisation comme son exploitation « en circuit court », cette installation amène plus « de circularité » sur la ferme.

Par Laura Icart

 

Une petite méthanisation à la ferme « pour plus de circularité » mais surtout pour traiter et valoriser des effluents d’élevages tout en apportant un complément de revenus. Ce sont les principales raisons qui ont conduit Emmanuel Bretaudeau et ses associés à se lancer dans la méthanisation. « Nous ne sommes pas des énergiculteurs, nous souhaitons juste optimiser et valoriser l’ensemble de nos effluents, participer à la transition énergétique et avoir des revenus complémentaires » indique à Gaz d’aujourd’hui Emmanuel Bretaudeau. Sur cette exploitation en polyculture élevage « nous avons tout pensé en circuit court et notre méthanisation n’a pas fait exception » nous confie-t-il, dans ce Gaec de cinq associés, dont quatre sont issus de la même famille.

Valoriser les effluents, réduire les odeurs

Avec une production de 1,5 million de litres par an et un système naisseur-engraisseur de plus de 300 truies, l’exploitation en polyculture élevage de 360 hectares génère une grande quantité de lisiers et fumiers par jour. « La méthanisation permet de traiter l’intégralité de nos effluents d’élevage, ce qui évite un problème majeur pour nous, celui des odeurs » indique Emmanuel Bretaudeau qui, avec ses associés, s’est également lancé il y a cinq dans une activité de vente et de transformation de produits à la ferme. En décembre 2020, l’unité de méthanisation d’une capacité de 9 GWh par an est mise en service, permettant d’alimenter annuellement environ un millier de foyers se chauffant au gaz. Des problèmes de voisinage ? « Nous n’avons pas rencontré d’opposition, nous sommes petits, tout est à l’échelle de l’exploitation » indique l’agriculteur. «Nous sommes également connus et nous avons commencé à communiquer très en amont du projet », avec des portes ouvertes, des visites sur site… Un projet à 2,8 millions d’euros qui a reçu une subvention de l’Ademe à hauteur de 224 000 euros. « Nous avons calculé que notre méthanisation serait amortie au bout de 12 ans » précise l’éleveur.

Une méthanisation « pour boucler la boucle »

« Ce projet, nous l’avions en tête depuis plus de 10 ans, plus exactement depuis 2012, mais c’était le tout début de l’injection, se rappelle Emmanuel Bretaudeau qui s’était également penché sur la cogénération sans succès, faute d’un débouché chaleur ou de pouvoir la valoriser dans la ferme, ce qui aurait demandé des investissements supplémentaires. Notre volonté a toujours été depuis le départ de méthaniser à l’échelle de notre ferme, ni plus ni moins. » En 2018, le projet est relancé « notamment pour solutionner des problèmes d’odeurs qui incommodaient les riverains », avec une petite nouveauté et pas des moindres : le droit à l’injection. Un dispositif introduit en mai 2018 par la loi Egalim et piloté par la Commission de régulation de l’énergie qui, en permettant la diminution des délais de raccordement des installations de production et la maîtrise des coûts pour la collectivité, a considérablement accru l’injection de biométhane dans les réseaux français. « Notre unité en service depuis plus de quatre ans est quasi exclusivement alimentée avec nos propres intrants, majoritairement des lisiers et des fumiers [60 % d’effluents et 30 % de cultures intermédiaires à vocations énergétiques (cives), NDLR] » souligne l’agriculteur, c’était notre volonté, une petite méthanisation individuelle [65 nnm³ par heure, NDLR] à la ferme. » Ce qui n’empêche pas de rendre service. « Lorsque l’on vient nous voir, nous prenons à l’opportunité, comme la bière du Hellfest ou des déchets de jus de pomme, ou des épluchures des restaurateurs. »    

Des pratiques culturales qui évoluent « dans le bon sens »

« La méthanisation nous a fait changer nos pratiques culturales, reconnaît Emmanuel Bretaudeau, nous travaillions en semi direct et nous sommes dans un apprentissage permanent pour adapter nos pratiques culturales aux besoins de la ferme. » Pour l’éleveur, ces pratiques « vont dans le bon sens ». C’est « le ver de terre qui fait le boulot de la charrue » ajoute-t-il, avec en prime une consommation de gazole non routier « qui a beaucoup diminué ». La ferme développe aujourd’hui une agriculture de conservation qui stocke le carbone dans le sol. Autre avantage selon lui : le digestat. L’exploitation s’est équipée pour valoriser au maximum ce digestat, elle a investi notamment dans un Duaferti, un épandeur de lisier sans tonne équipé de son propre enrouleur dérouleur de tuyau « qui nous permet d’épandre sur nos blés même au stade avancé sans risque de cassure ». En 2024, près de 10 000 mètres cubes de digestat ont été co-produits. « Nous épandons notre digestat via le réseau d’irrigation puis on le valoriser comme un amonitrate et la partie solide, on la garde pour les prairies » précise Emmanuel Bretaudeau.

De futurs projets ?

« Pas forcément, souligne l’éleveur, nous voulions un outil qui optimise notre système et nous l’avons trouvé ». Aujourd’hui, il ne se dit pas intéressé par augmenter sa capacité de production. Ce qui n’empêche pas les associés de regarder pour valoriser le CO₂ biogénique, « bien que nous soyons une unité un peu petite, donc les volumes produits ne couvriront pas les investissements nécessaires. Il faudrait mutualiser », mais aussi du côté du biogaz carburant (bioGNV). Son métier a-t-il changé ? Lui parle juste d’une autre manière de s’organiser, davantage pour assurer les astreintes, mais « je gère mon méthaniseur comme je gère un bovin, on lui remplit l’estomac le mieux possible » nous glisse-t-il en guise de conclusion.